Une lecture théologique de la technologie

Cet article est un extrait du troisième chapitre de mon livre « Connectés, mais dirigés par l’Esprit : Le numérique et l’IA au service d’une foi responsable ».


Face à l’essor du numérique et de l’intelligence artificielle, l’Église ne peut se contenter d’une posture de réaction ou de rejet comme cela a été le cas par le passé face à chaque innovation. Elle est appelée à engager une réflexion théologique approfondie sur ces outils, non seulement en considérant leurs fonctions, mais également en scrutant ce qu’ils révèlent de notre humanité, ce qu’ils engendrent dans nos cœurs, et surtout, la manière dont ils s’inscrivent dans le grand récit de l’histoire du salut.

Comme l’illustre la figure suivante, l’heure n’est ni au conformisme ni à la passivité, mais à un engagement chrétien authentique et à une transformation radicale par la Parole de Dieu.

Pour établir les fondements de ce chapitre, tentons d’abord de définir certains concepts clés et d’explorer les manifestations de la technologie dans les Écritures.

Comprendre les concepts

Nous proposons de définir trois concepts clés dans cette section : théologie, technologie et théologie de la technologie.

Qu’est-ce que la théologie ?

Étymologiquement, le terme théologie est composé de deux termes grecs : theos, qui signifie ‘Dieu’, et logos, qui peut se traduire par ‘étude’ ou ‘discours’. De cette origine, la théologie est définie comme l’étude de Dieu ou, de manière plus précise, un discours rationnel et structuré sur la personne de Dieu.

La théologie est une discipline qui cherche à comprendre la nature de Dieu et sa relation avec le monde.

Cette étude est rendue possible par le fait que Dieu s’est révélé à l’humanité de diverses manières : la nature, l’histoire, la conscience, l’Écriture et Jésus-Christ. La notion de révélation est absolument fondamentale en théologie. En effet, elle implique que c’est Dieu qui, par un acte délibéré et souverain, vient à la rencontre de l’humanité, et non l’inverse. L’humanité ne s’efforce pas d’atteindre Dieu par ses propres moyens, mais répond à une initiative divine.

D’une manière ou d’une autre, nous sommes tous des théologiens, amateurs ou professionnels (académiciens), car nous tentons de comprendre les actes de Dieu à travers les différents modes de révélation susmentionnés. Même les athées s’engagent dans une forme de théologie, dans la mesure où ils fondent leur conviction sur la non-existence de Dieu.

Dans la théologie chrétienne, Jésus est considéré comme la théologie même de Dieu, l’expression la plus élevée de Sa révélation. Il convient donc pour nous d’explorer comment Dieu s’est révélé à travers l’évolution de la technologie, en partant du livre de la Genèse.

Qu’est-ce que la technologie ?

Le mot technologie vient de deux mots grecs : Tekhnē (τέχνη), qui signifie « art », « compétence », « artisanat » ou « savoir-faire », et Logos (λόγος), qui se traduit par « discours », « étude » ou « traité ». Étymologiquement, il s’agit donc d’un traité sur un art ou d’une étude des techniques.

La technologie est un concept vaste englobant l’ensemble des techniques, outils, méthodes et procédés employés pour concevoir, améliorer et appliquer des connaissances dans divers domaines tels que l’agriculture, la santé, l’industrie, l’artisanat, la communication et l’éducation.

En d’autres termes, la technologie inclut tous les outils, machines, ustensiles, armements, instruments, logements, vêtements, dispositifs de communication et de transport, sans oublier les compétences nécessaires à leur production et leur utilisation.

Alors que la technique est axée sur l’exécution pratique d’actions spécifiques, la technologie, quant à elle, englobe un cadre plus vaste incluant la science sous-jacente à ces techniques. Dans ce contexte, la technologie peut être envisagée comme une application systématique des techniques basées sur des connaissances scientifiques.

La finalité de l’application pratique de ces connaissances techniques devrait être l’amélioration de la condition humaine sur terre et la résolution de ses défis.

La technologie n’est pas une réalité neutre. Elle est le fruit de l’intelligence humaine, laquelle est elle-même un reflet de Dieu. Par conséquent, ceux qui conçoivent les outils technologiques ne sont pas neutres sur le plan moral, philosophique et même spirituel. Voilà pourquoi l’IA suscite tant de questions, non seulement d’ordre éthique, mais également anthropologique. Dans leur résumé analytique du Document Occasionnel du Mouvement de Lausanne 76 intitulé « Foi chrétienne et technologie », Jonas Kurlberg et ses collègues soutiennent :

Une meilleure façon d’envisager l’amélioration de la relation entre la technologie et l’homme est de reconnaître que nos technologies sont chargées de valeurs. En d’autres termes, elles existent et sont utilisées en raison de certaines valeurs et façons de voir le monde, présentes dans la communauté humaine qui a créé cette technologie1.

Essayons à présent de saisir ce qu’est une théologie de la technologie.

Qu’est-ce qu’une théologie de la technologie ?

De manière stricte, une théologie de la technologie se définit comme une réflexion théologique sur la technologie. En d’autres termes, il s’agit d’une démarche visant à appréhender la pensée divine en relation avec le développement et l’usage des techniques des humains dans le processus de production de biens et de services.

De manière plus élaborée, la théologie de la technologie constitue une réflexion systématique sur la place, le sens et l’usage de la technologie à la lumière des convictions théologiques, en particulier dans la tradition chrétienne. Elle cherche à élucider comment les innovations techniques s’inscrivent dans le dessein de Dieu, comment elles influencent la condition humaine et quelles responsabilités éthiques elles impliquent pour les croyants.

La technologie n’est pas une réalité neutre. Elle est le fruit de l’intelligence humaine, laquelle est elle-même un reflet de Dieu.

Une théologie de la technologie se donne pour tâche de comprendre le rapport de l’humain avec la technologie (la machine) et la technique, tout en examinant le lien de Dieu avec l’humain qui en fait usage à travers le cours de l’histoire. Elle s’enracine dans le mandat culturel que Dieu a confié à l’homme, créé à Son image, pour transformer et gérer la création (Gen 1:26-28). Dans son article publié sur Logos intitulé « Comment la technologie s’inscrit dans l’histoire de Dieu », Stéphane Hamelin soutient cette idée en ces termes :

La fondation théologique de la technologie est enracinée dans l’image de Dieu (Gn 1:26–27 ; 5:1–2 ; 9:6) et le mandat de création (Gn 1:28–30 ; 2:15 ; Ps 8:5–8). Elle est intimement liée aux concepts de l’humanité en tant que porteurs de son image, représentants de l’autorité, de la créativité et des soins de Dieu à travers le mandat de création2.

Par conséquent, la théologie de la technologie interroge la nature humaine, la créativité, la responsabilité, la justice et le salut à l’ère des innovations techniques. Elle invite à discerner comment utiliser la technologie pour servir le bien commun, respecter la dignité humaine et glorifier Dieu.

La théologie de la technologie évalue non seulement les outils techniques et les inventions numériques, mais aussi et surtout propose une lecture théologique de leur origine, de leur finalité et de leur usage. L’une des questions fondamentales auxquelles elle tente de répondre est la suivante : comment la technologie peut-elle participer à l’épanouissement de la vie humaine et à la réalisation du projet divin pour le monde.

Les concepts essentiels étant établis, examinons succinctement l’histoire de la technologie à travers le prisme de la Bible.

L’histoire de la technologie à travers la Bible

La Bible n’est pas un manuel de technologie. Néanmoins, ce domaine ne passe pas inaperçu à travers ses pages. Dans l’article susmentionné, Stéphane Hamelin affirme :

La Bible ne fournit pas de chapitre et de verset qui nous indique directement ce que nous devons croire au sujet de la technologie. Néanmoins, les concepts théologiques qui la sous-tendent sont intégrés tout au long du récit biblique, qui s’étend de la création à la nouvelle création3.

Dans une perspective épistémologique, la première notion à prendre en compte lorsque l’on aborde la technologie à travers le prisme biblique est que Dieu est la source ultime de toute intelligence et de toute connaissance.

Dieu, Créateur et source de toute intelligence et de toute créativité

Comme nous l’avons déjà souligné à maintes reprises, la Bible affirme que Dieu a créé l’homme à Son image (Gen 1:26-27). Cela inclut notre capacité à penser et à raisonner ; à imaginer et à innover ; à créer et à transformer notre environnement.

Quand nous développons des outils, des machines et des systèmes, utiles à l’humanité, nous exerçons une forme de domination responsable sur la création (Gen 1:28). Lors d’un entretien réalisé par Jean-Benoît Harel à la Cité du Vatican, face aux interrogations portant notamment sur la tentation de toute-puissance où l’homme se prendrait finalement pour Dieu et sur la manière de faire de la place à Dieu dans ce processus, Étienne de Rocquigny, un expert catholique en algorithmes, affirme:

C’est le mystère de la co-création. Je pense que nous sommes co-créateurs à travers les algorithmes. La grandeur de notre vocation, c’est d’être vraiment co-créateur4.

Les grandes inventions, de la roue à Internet, peuvent être perçues comme l’expression du mandat que Dieu a conféré à l’humanité, consistant à développer le monde, à le cultiver et à le faire fructifier pour la gloire de Dieu et le bien-être d’autrui.

Ainsi, toute connaissance étant venue de Dieu, la capacité d’inventer et d’exploiter des technologies constitue une extension de la créativité humaine telle que voulue par le Créateur. La technologie est rendue possible parce que l’être humain est venu de Dieu. C’est pourquoi, dans les onze premiers chapitres de la Genèse, nous discernons des traces de technologie.

Les premiers innovateurs bibliques : Jubal et Tubal-Caïn

La Genèse nous présente les figures de Jubal et Tubal-Caïn, des pionniers dans leurs domaines respectifs, marquant le début de l’innovation humaine.

Jubal (Gen 4:21) est désigné comme l’ancêtre de tous ceux qui pratiquent la harpe et le chalumeau. Il incarne l’origine de la musique et des arts sonores.

Quant à Tubal-Caïn (Gen 4:22), descendant de Caïn, il fut un inventeur remarquable. Sa spécialité était la métallurgie : il forgeait des instruments d’airain et de fer. Ses compétences dans la fabrication d’outils et d’armes étaient cruciales pour la survie et le développement des communautés de l’époque. Cela a, en fait, marqué le début des avancées dans l’agriculture, la construction et la défense, symbolisant l’aube d’une nouvelle ère technologique.

Dans ce contexte, la Bible ne s’oppose pas à la technologie, pourvu que celle-ci soit mise au service de l’humanité de manière responsable. Dans le même résumé analytique du Document Occasionnel du Mouvement de Lausanne 76, il est écrit :

La Bible ne fait pas l’impasse sur la technologie, mais généralement ne la mentionne qu’en passant, à l’exception de certains aspects décrits de manière plus explicite. La technologie présente des aspects de notre humanité commune et éveille la curiosité sur le sens et le but de la vie. Elle pose également des questions sur ce que signifie être humain5.

Dans la logique de cette humanité commune, la notion de la chute constitue un élément essentiel à prendre en compte dans l’étude de l’histoire de la technologie à travers la Bible.

La chute : la perversion et la dérive de la technologie

Nos préoccupations éthiques et notre hésitation à faire usage de la technologie traduisent une réalité basique et évidente : nous vivons dans un monde déchu, et la technologie porte en elle le potentiel, le germe de la dépravation. Cela implique que le péché altère la nature des outils, les contenus numériques et les médias faits par la personne humaine.

Le chapitre 3 de la Genèse nous rapporte un épisode sombre dans l’histoire de l’humanité : la chute. Dans sa ruse, le Diable, incarné dans le serpent, dit à Eve : « mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal » (verset 5).

La Bible ne s’oppose pas à la technologie, pourvu que celle-ci soit mise au service de l’humanité de manière responsable.

La phrase clé ici est : vous serez comme des dieux. N’est-ce pas cette promesse à peine voilée que nous proposent certains penseurs de l’IA ? Il s’agit de déifier la machine, donnant à l’être humain une sensation d’omniprésence, d’omnipotence, d’omniscience et d’immortalité à travers des innovations scientifiques, comme les moyens de communication ultramodernes, l’ingénierie génétique, le stockage numérique, le big data, l’analytique, l’IA générative, etc.

Encore dans sa brillante présentation, disponible sur YouTube, le penseur chrétien irlandais, John Lennox, nous rapporte cette réflexion de Yuval Noah Harari, extraite de son livre « Homo Deus : A Brief History of Tomorrow » :

Il sera nécessaire de modifier notre biochimie et de repenser notre corps et notre esprit… afin que nous puissions repenser l’Homo sapiens pour qu’il puisse profiter d’un plaisir éternel. Après avoir élevé l’humanité au-dessus du niveau bestial de la lutte pour la survie, nous allons désormais viser à transformer les humains en dieux, et à faire de l’Homo sapiens un Homo Deus6.

Quelle arrogance ! L’agenda du 21e siècle de Harari est clair : une tentative sérieuse d’atteindre l’immortalité et une intensification de la quête du bonheur.

Comme l’a si brillamment souligné le Dr Lennox dans sa présentation, ces types de penseurs arrivent trop tard, car Jésus-Christ, par Sa résurrection d’entre les morts il y a plus de 2000 ans, a résolu le problème de l’immortalité.

Cette pensée de Stéphane Hamelin corrobore cette idée de toute-puissance qui imprègne ces types de courants de pensée : « Une grande partie de notre quête technologique tente de combler le fossé entre le fini et l’infini ; c’est-à-dire qu’elle cherche à être et à devenir semblable à Dieu7. » Or Dieu, par amour pour nous, a envoyé Jésus-Christ dans notre monde dépravé afin que nous puissions, sans aucun effort technologique, devenir semblables à Lui et vivre dans l’espérance de la résurrection de notre corps mortel.

Notre mandat de dominer la création est donc déformé au profit de l’adoration de notre propre invention et progrès scientifique. Une idée m’a particulièrement frappé dans la série Netflix The Travelers (Les Voyageurs). Un ‘voyageur’, membre de la ‘fraction’, cherchait à saboter ‘Le Grand Projet’ du ‘Directeur’ (qui est en réalité une machine). Le point soulevé était le suivant : Dieu a doté l’être humain d’une intelligence et de capacités énormes pour créer des machines. Pourtant, l’homme finit par créer ces machines et leur confie le contrôle de sa vie et de son destin. C’est en fait l’épisode du veau d’or qui est en train de se reproduire (Exode 32:1-14).

Considérons à présent l’épisode de la Tour de Babel, qui s’avère tout aussi révélateur à cet égard.

La Tour de Babel : la technologie sans Dieu

L’histoire biblique nous met en garde. L’humain, en raison du péché, a la capacité d’utiliser ses dons créatifs à des fins de rébellion, de contrôle, d’oppression ou d’idolâtrie.

L’exemple de la Tour de Babel (Genèse 11:1-9) est le reflet d’une philosophie moderne, d’une vision du monde en rébellion ouverte contre Dieu. Les hommes se sont rassemblés pour construire une tour ‘dont le sommet touche au ciel’, non pas pour honorer Dieu, mais ‘pour se faire un nom’ et éviter d’être dispersés.

Le terme Nom revêt ici une importance capitale. Le mot hébreu traduit par ‘nom’ est שֵׁם (shem), dont la translittération est Sem en français. Dans le contexte du passage, il signifie renommée, gloire, célébrité, réputation durable, identité. Ce qui mérite d’être souligné ici, c’est que c’est le même terme utilisé dans ce passage pour Sem, le fils aîné de Noé et l’ancêtre des peuples sémitiques. Cela signifie que l’initiative de la construction de la tour de Babel est de la descendance directe de Noé.

L’humain, en raison du péché, a la capacité d’utiliser ses dons créatifs à des fins de rébellion, de contrôle, d’oppression ou d’idolâtrie.

Ces gens avaient la technique (le bitume, en hébreu emer, est une sorte de goudron ou d’asphalte, servant à coller les briques), l’ingéniosité, la même langue, ainsi qu’une détermination indéfectible, mais leur projet n’était pas soumis à la volonté de Dieu. En conséquence, Dieu a interrompu leur projet et confondu leur langage. La volonté de Dieu triomphe toujours.

La réaction divine ne signifie nullement que Dieu s’oppose à la technologie, aux progrès scientifiques ou à la construction de cités. Cependant, une observation attentive du texte révèle qu’il s’agit du mobile de cette génération post-diluvienne, à qui Dieu avait formellement ordonné de se disperser (Gen 1:28 ; 9:1). De surcroît, cette ambitieuse construction visait à glorifier le génie humain.

Ces individus aspiraient à laisser une empreinte indélébile dans l’histoire, tentant de faire descendre Dieu, c’est-à-dire atteindre le divin selon leurs propres termes. Ainsi, la tour se présentait comme un temple cosmique visant à attirer les faveurs divines par ses propres moyens, et à se forger un nom à travers cette entreprise, qui cherchait également à éviter la dispersion, puisque la tour était un point de rassemblement, à l’instar de tous les temples. Dieu est effectivement descendu, mais non pas pour flatter les hommes, mais pour déjouer leur plan.

Le récit de la Tour de Babel illustre le double tranchant d’un langage universel : il peut constituer une formidable force d’unité et d’ambition, mais aussi engendre un chaos futur. De manière frappante, cette analogie se transpose à notre ère numérique, où les langages de programmation et les protocoles internet forment un nouveau langage commun, permettant à l’humanité de collaborer à une échelle sans précédent. Cette unité, cependant, n’est pas exempte d’ambiguïté.

Jésus-Christ, par Sa résurrection d’entre les morts il y a plus de 2000 ans, a résolu le problème de l’immortalité.

Tout comme les bâtisseurs de Babel, notre monde numérique, à travers ses géants technologiques, érige des ‘tours’ de pouvoir centralisé. Ironiquement, cette même unité s’accompagne d’une fragmentation croissante. La multitude de langages de programmation, de plateformes et de dialectes numériques crée des divisions, reléguant ceux qui ne les maîtrisent pas à une nouvelle forme d’exclusion.

En fait, la ‘tour’ que nous érigeons aujourd’hui avec le code reflète la même ambition et les mêmes risques de dispersion que la tour de Babel, nous rappelant que l’unité linguistique est une puissance à double tranchant.

La leçon que nous pouvons tirer aujourd’hui est claire : la technologie sans Dieu mène à l’orgueil, à la division, à la confusion et à la ruine. En d’autres termes, toute technologie fondée sur l’arrogance, en rébellion contre le projet de Dieu, est vouée à l’échec. Ironiquement, ce qui aurait dû être une réputation (faisons-nous un nom) est resté dans l’histoire comme une confusion, ce que signifie précisément Babel. C’est ce que nous nous efforçons d’illustrer à travers cette figure.

Alors, la question n’est pas : ‘Peut-on le faire ?’ mais : ‘Doit-on le faire ? Est-ce que cela glorifie Dieu ? Remarquez bien que plus tard, comme l’évoque le Dr Lennox, après le drame de Babel, dans Genèse chapitre 12 verset 2, c’est Dieu Lui-même qui fit la promesse à Abraham de rendre son nom grand. La réputation doit émaner de Dieu et pour la gloire de Son grand nom. Qu’en est-il du Roi Ozias ?

Roi Ozias et technologie : Puissance et orgueil

Le passage de 2 Chroniques 26 versets 11 à 15 nous rapporte que le roi Ozias procura à son armée des boucliers, des lances, des casques, des cuirasses, des arcs et des frondes. Au verset 15, il est mentionné qu’il fit faire à Jérusalem des machines inventées par un ingénieur, et destinées à être placées sur les tours et sur les angles, pour lancer des flèches et de grosses pierres.

Le texte poursuit en affirmant que la renommée du roi Ozias s’étendit au loin, car il fut merveilleusement soutenu jusqu’à ce qu’il devînt puissant.

Dans son royaume, Ozias disposait de toutes les ressources nécessaires pour moderniser son armée. Sa technologie militaire lui conférait une puissance considérable. Il ne fut pas seul dans son projet, l’armée était avec lui. Ozias avait même dans son royaume un prophète, Zacharie, un homme doté d’intelligence des visions de Dieu, auprès de qui il alla solliciter la guidance de Dieu (verset 5).

Cependant, le verset 16 nous montre tristement où son immense pouvoir le conduisait : « Mais lorsqu’il fut puissant, son cœur s’éleva pour le perdre. Il pécha contre l’Éternel, son Dieu… » Le roi se croyait tout permis en bafouant l’ordre de la sacrificature établie par Dieu.

Le cas du Roi Ozias nous montre une tendance humaine à reléguer Dieu au second plan lorsque les progrès « technologiques et scientifiques » sont au rendez-vous. Quand la technologie confère honneur, puissance et gloire, cela peut engendrer l’orgueil, l’autosuffisance et pire encore, la rébellion contre Dieu. C’est là que le jugement de Dieu s’abat. Ainsi, rien de nouveau sous le soleil.

En résumé

En résumé, la technologie est un don de Dieu. Elle reflète notre capacité à créer, à raisonner et à inventer, des traits que nous portons parce que nous avons été faits à l’image de Dieu. Cependant, comme tout don, elle peut se transformer en piège insidieux. Lorsque la technologie cesse d’être un outil au service de Dieu pour devenir une obsession, un refuge ou une fin en soi, elle glisse subtilement vers l’idolâtrie.

Derrière chaque outil se dissimule une philosophie, une vision du monde, un projet de société.

Notre créativité vient de Dieu, certes, mais sans discernement, elle peut nous égarer. Ce discernement, c’est le Saint-Esprit, ainsi que la connaissance et l’application de Sa Parole qui peuvent véritablement nous le conférer.


Pour lire l’intégralité du chapitre et en savoir davantage, je vous recommande vivement le livre « Connectés, mais diriges par l’Esprit« .

Dans un monde où le numérique et l’IA transforment notre quotidien, ce livre est
un guide essentiel pour naviguer avec sagesse et discernement. Loin de rejeter la
technologie, il nous rappelle qu’il s’agit d’un outil puissant, capable de servir la
mission de Dieu ou de nous en éloigner si nous ne sommes pas vigilants. Pasteur
Etienne nous invite à ancrer notre identité non pas dans notre image en ligne, mais
dans notre relation avec le Christ, et à utiliser le numérique de manière
responsable. Ce livre est un appel à être des disciples connectés au ciel avant d’être
connectés à la terre, en utilisant les outils modernes pour rayonner l’Évangile sans
jamais sacrifier notre foi ou la relation vivante que nous avons avec Jésus-Christ.
Dr. Lesly Jules, Auteur de « Objections Rejetées et Raisonnements Renversés »
Directeur Régional LAC & Afrique de l’Ouest avec HOPE International
Caroline du Nord, USA

Notes

1. Jonas Kurlberg et al., « Foi chrétienne et technologie : Note de synthèse », Lausanne Movement, 28 juin 2024,

https://lausanne.org/fr/note-de-synthese/note-de-synthese-foi-chretienne-et-technologie.

2. Stéphane Hamelin, « Comment la technologie s’inscrit dans l’histoire de Dieu », Logos,

https://francais.logos.com/racheter-la-technologie-comment-la-technologie-sinscrit-dans-lhistoire-de-dieu/.

3. Ibid.

4. « Face à l’intelligence artificielle,  “l’Évangile a tant de choses à dire” » , Entretien réalisé par Jean-Benoît Harel, Vatican News, Cité du Vatican, 14 juin 2024,

https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2024-06/intelligence-artificielle-evangile-esperance-algorithme-pape.html.

5. Jonas Kurlberg et al., « Foi chrétienne et technologie : Note de synthèse », op.cit. (Référence 1 du chapitre).

6. John Lennox, « Is AI a Threat or a Promise? », op. cit. (Référence 3 du chapitre 2).

7. Stéphane Hamelin, « Comment la technologie s’inscrit dans l’histoire de Dieu », op.cit. (Référence 2 de l’article).

L’intelligence artificielle : comprendre ce que c’est

Cet article est un extrait du deuxième chapitre de mon livre « Connectés, mais dirigés par l’Esprit : Le numérique et l’IA au service d’une foi responsable« .

Par Windel B. ETIENNE


L’Intelligence Artificielle, couramment désignée par l’acronyme IA (AI en anglais), constitue indéniablement l’une des avancées technologiques les plus significatives de notre époque. On en parle partout : dans les médias, au sein des établissements scolaires, dans le milieu professionnel, à l’université, et même dans les lieux de culte. Pourtant, pour de nombreux croyants, même les plus avisés, l’IA demeure un mystère, une technologie fascinante, parfois inquiétante et souvent mal appréhendée.

Dans un souci pédagogique, examinons brièvement l’origine du concept. En 1950, le mathématicien et informaticien britannique Alan Turing publie un article dans la revue Mind, où il formule une question devenue emblématique : Les machines peuvent-elles penser ? Quelques années plus tard, en 1956, John McCarthy, professeur de mathématiques américain au Dartmouth College, organise un séminaire d’été intitulé Projet de Recherche Estival de Dartmouth sur l’Intelligence Artificielle. Cet événement est souvent considéré comme le point de départ officiel de l’intelligence artificielle.

C’est en préparant ce séminaire que McCarthy introduit pour la première fois l’expression Intelligence Artificielle. Avec ses collègues, il sollicite un financement auprès de la Fondation Rockefeller. Pour certains, leur objectif n’était pas prioritairement financier, mais visait avant tout à créer un cadre neutre et fédérateur, éloigné des tensions ou rivalités académiques de l’époque.

Avant d’explorer ses usages dans le contexte de la foi chrétienne, prenons un moment pour appréhender succinctement ce qu’est l’intelligence artificielle, pourquoi elle est importante et comment elle peut impacter la vie de l’Église.

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?

L’intelligence artificielle englobe l’ensemble des techniques, programmes ou algorithmes permettant à des machines d’exécuter des tâches qui requièrent habituellement l’intelligence humaine, telles que l’apprentissage, le raisonnement, la résolution de problèmes, la génération de contenu, la perception ou la prise de décision.

Selon la définition du Parlement européen, l’IA est « tout outil utilisé par une machine capable de reproduire des comportements liés aux humains, tels que le raisonnement, la planification et la créativité1 ».

En d’autres termes, l’IA désigne la capacité d’une machine, telle qu’un ordinateur ou un robot, à reproduire certaines formes d’intelligence humaine. L’entrainement et le fonctionnement de ces centres de données (Data Centers) engendrent une consommation considérable d’électricité et d’eau. Ces usages représentent 1 à 2 % d’émission de gaz à effet de serre, tandis que l’ensemble du secteur numérique mondial contribue à hauteur de 4%. C’est dans ce contexte que l’auteur Inès Leonarduzzi introduit le concept de Triple Pollution Numérique pour désigner les répercussions néfastes du numérique sur l’environnement, la société et l’intellect humain.

Ces définitions nous révèlent que ces machines ou algorithmes n’ont pas de conscience intrinsèque, une notion que la science peine en réalité à cerner. Dans cette perspective, Joseph Macrae Mellichamp de l’université d’Alabama, cité lors d’une conférence prononcée par Dr John Lennox, soutient :

Il me semble que beaucoup de débats inutiles pourraient être évités si les chercheurs en IA reconnaissaient qu’il existe des différences fondamentales entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine, différences qui ne peuvent être surmontées par aucune recherche, quelle que soit son ampleur. En d’autres termes, le terme « artificiel » dans « intelligence artificielle » est bien réel2.

Étant donné qu’il s’agit de la simulation de l’intelligence humaine à partir d’un vaste champ de données (Big Data) généré par l’humain, il est important d’établir que l’intelligence humaine n’est en rien inférieure à l’intelligence artificielle des machines. C’est dans ce cadre que ce remarquable texte du 28 Janvier 2025, Antigua et Nova : Note sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine, au point 32, soutient :

… Bien que l’IA puisse simuler certains aspects du raisonnement humain et exécuter certaines tâches avec une rapidité et une efficacité incroyable, ses capacités de calcul ne représentent qu’une fraction des possibilités les plus larges de l’esprit humain. Ainsi, elle ne peut pas actuellement reproduire le discernement moral et la capacité d’établir d’authentiques relations. En outre, l’intelligence de la personne s’insère à l’intérieur d’une histoire de formation intellectuelle et morale vécue à un niveau personnel, qui modèle de façon essentielle la perspective de chaque personne, en impliquant les dimensions physiques, émotive, sociale, morale et spirituelle de sa vie…3

Considérons maintenant la typologie d’IA existante.

Types d’IA : Une distinction capitale

En général, l’IA se divise en plusieurs catégories :

L’IA faible : Ce sont les systèmes actuels que nous utilisons quotidiennement (tels que Google Maps, ChatGPT, Google Traduction ou les recommandations YouTube). Ces technologies sont conçues pour réaliser des tâches spécifiques et limitées, telles que la reconnaissance vocale ou d’image, mais elles ne possèdent ni conscience ni volonté autonome. Cette forme d’IA, aussi désignée sous le terme d’IA générative ou d’IA étroite, est exclusivement destinée à exécuter les fonctions pour lesquelles elle a été programmée.

L’IA forte, également désignée sous le terme d’Intelligence Artificielle Générale (IAG) : Il s’agirait d’une forme d’intelligence capable de raisonner, de ressentir et de prendre des décisions comme un humain, voire de manière supérieure. Encore au stade théorique, l’IAG (AGI en anglais) pourrait manifester une capacité de raisonnement flexible et d’adaptation de ses connaissances à des contextes inédits, ce qui implique une aptitude à s’ajuster à une multitude de tâches.

Ce type d’IA, l’IAG, soulève de nombreux débats éthiques, anthropologiques, scientifiques et spirituels. Il convient toutefois de préciser que la capacité de réfléchir ou de raisonner n’est pas intrinsèquement problématique. Certains animaux, dotés d’une intelligence remarquable, sont capables de réflexion, mais uniquement au second degré, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent envisager leur objet de réflexion sans être conscients qu’ils sont en train de réfléchir ou de raisonner. Ce stade de développement requiert un sens moral et une volonté que l’IAG ne possède pas.

L’IA Super-Intelligente : Cette IA se conçoit comme une forme d’intelligence dépassant celle de l’humain dans tous les domaines, y compris la créativité et la résolution des problèmes. Il s’agit donc d’un concept introspectif.

À la suite du lancement récent de Grok 4, Elon Musk a affirmé que ce modèle d’IA excède les compétences d’un titulaire d’un PhD dans tous les domaines, sans exception.

En ce qui concerne ce dernier type d’IA, voici ce que Jaron Lanier déclare :

Cette idée de dépasser les capacités humaines est ridicule, car elle repose justement sur les capacités humaines. « Se comparer à l’IA revient à se comparer à une voiture. » C’est comme dire qu’une voiture peut aller plus vite qu’un coureur humain. Bien sûr qu’elle le peut, mais on ne dit pas pour autant que la voiture est devenue une meilleure coureuse4.

Alors, face à ces différents types d’IA, bien qu’il en existe d’autres, quelle doit être l’attitude chrétienne responsable ? Nous traiterons plus en profondeur cette problématique au chapitre 12, lorsque nous aborderons la question de l’éthique. Toutefois, il convient d’insister sur le fait qu’en tant que chrétiens, il est essentiel de ne pas attribuer à la machine une forme de divinité ou d’omniscience, aussi puissante soit-elle.

Non, l’IA n’est pas Dieu, et elle ne le sera jamais. Elle n’est que le produit de l’intelligence humaine, créée à l’image de Dieu, laquelle intelligence est affectée par le péché (voir Genèse 1:27 ; Romains 3:23).

Tout comme l’IA peut grandement aider à sauver des vies, notamment dans le domaine médical, elle peut tout aussi être exploitée pour contrôler des peuples et décimer des populations entières. Autrement dit, elle peut servir le bien ou le mal. Il en va de même pour la science qui n’est qu’un instrument dépourvu de conscience ou de sens moral.

Les domaines d’application de l’IA

Les domaines d’application de l’IA sont d’une ampleur considérable, et les tâches qu’elle peut accomplir aujourd’hui sont innombrables. Concrètement, grâce à l’IA, un logiciel peut :

  • traduire automatiquement un texte, comme par exemple DeepL et Google Traduction ;
  • reconnaître des visages sur une photo ou des objets sur une image ;
  • répondre à vos interrogations ;
  • analyser des images médicales (radiographies, IRM, scanners) pour détecter des pathologies plus rapidement et avec une grande précision (diagnostic médical assisté),
  • recommander des traitements adaptés à chaque patient grâce à l’analyse de données génétiques et médicales (médecine personnalisée) ;
  • ajuster des flux de production et gérer des stocks en fonction de la demande (optimisation logistique) ;
  • concevoir des voitures, bus, tramways et métros capables de se déplacer sans intervention humaine (véhicule autonome) ;
  • analyser en temps réel des transactions pour repérer les comportements suspects (détection de fraudes).
  • afficher des annonces adaptées aux préférences et comportements des utilisateurs (publicité ciblée) ;
  • adapter des contenus et des exercices au niveau de chaque élève (personnalisation de l’apprentissage) ;
  • surveiller des zones sensibles ou faire des interventions d’urgence (gestion de drones autonomes) ;
  • faciliter des achats en ligne ;
  • rechercher des opportunités professionnelles et mener des entretiens avec les candidats dans le cadre d’un processus de recrutement (agents IA) ;
  • rédiger un texte, composer une musique, générer une image ou une vidéo à partir d’une simple consigne.
  • contribuer à l’exercice d’un contrôle social sur des populations par l’intermédiaire des caméras ultra-performantes (cas de la Chine).

Ces capacités, qui ne sont pas d’ailleurs exhaustivement énumérées ici, sont rendues possibles grâce à des algorithmes puissants qui analysent d’énormes quantités de données afin d’apprendre des modèles et de proposer des réponses adaptées. Comme nous l’avons observé dans les définitions, il s’agit donc de systèmes capables de simuler ou de reproduire certaines fonctions cognitives humaines.

Cependant, il est important de préciser que ce n’est pas l’IA qui déterminera le moment où l’histoire humaine prendra fin, mais Dieu. Voyons ce que Marc Andreessen, un développeur pionnier de moteurs web, affirme par rapport à une sorte de phobie que beaucoup de personnes développent à ce sujet :

Il s’agit d’ordinateurs programmés avec des mathématiques, construits par des humains, appartenant à des humains et contrôlés par des humains. L’idée qu’à un moment donné, ils développeront leur propre esprit et décideront qu’ils ont des motivations qui les poussent à essayer de nous tuer est une superstition. En bref, l’IA ne veut rien, elle n’a pas d’objectifs, elle ne veut pas vous tuer, car elle n’est pas vivante. L’IA est une machine. Elle ne prendra pas vie, pas plus que votre grille-pain5.

Même si l’usage de l’IA, notamment dans le domaine de la guerre, suscite de sérieuses questions, il est indéniable que l’IA est un puissant levier d’innovation dans tous les secteurs, qu’il s’agisse de la santé, de l’industrie, de la finance, de l’éducation ou de la vie quotidienne.

L’IA dans notre quotidien

L’IA est en train de transformer de manière radicale non seulement notre quotidien, mais aussi nos professions. De nombreuses mises en garde ont été adressées aux professionnels, les incitant à se reconvertir ou à intégrer l’IA dans leur mode de fonctionnement, sous peine d’être dépassés.

Déjà, la croissance de l’IA cause du chômage et entrainera encore une diminution encore plus considérable du nombre d’emplois existants dans les années à venir. En avril 2025, lors d’un reportage français passé à la télé, j’ai vu une femme profondément attristée, se sentant dévalorisée après avoir été remplacée par une machine dans l’entreprise où elle avait travaillé pendant plusieurs décennies.

Vous utilisez peut-être déjà l’IA sans en avoir conscience. Vérifiez la liste suivante :

  • Lorsque vous dictez un message vocal à votre téléphone, une pratique que mon fils Hudson apprécie particulièrement pour enrichir son vocabulaire en anglais ;
  • Lorsque Netflix vous suggère une série ;
  • Lorsque votre application biblique vous propose un plan de lecture personnalisé ;
  • Lorsque du contenu visuel, vidéo ou textuel est généré automatiquement.
  • Lorsque vous activez votre GPS pour effectuer vos courses.

Définitivement, comme nous l’avons souligné en introduction, l’Église n’est pas en dehors de ce mouvement. Certains pasteurs recourent à l’IA pour rédiger leurs prédications (ce que nous vous déconseillons vivement, bien que nous reconnaissons que l’IA puisse être consultée comme on le fait pour un commentaire biblique), concevoir des visuels pour leurs cultes, traduire leurs messages, automatiser des lettres d’information (newsletters), ou encore produire des vidéos pour l’évangélisation.

Dans notre modeste sondage, 70,8 % des sondés affirment utiliser l’IA de temps à autre tandis que 29,2 % le font de manière régulière.

Selon les données recueillies, les participants font usage de l’IA principalement pour : générer des contenus tels que textes, vidéos et images (33.3 %), trouver des idées de sermons ou de messages (37.5 %), réaliser des traductions, résumés et synthèses (62.5 %) ainsi que pour d’autres tâches telles que la recherche, la révision de textes et la rédaction de devoirs (12.5 %). Ces données ne reflètent qu’une très infime partie de la réalité de l’usage de l’IA dans le monde chrétien ; elles indiquent néanmoins qu’il s’agit d’une technologie nécessitant un encadrement spirituel.

Une technologie à encadrer spirituellement

L’IA peut considérablement faciliter la vie de l’Église, mais elle ne saurait en aucun cas remplacer la communion avec Dieu, ni supplanter le rôle du Saint-Esprit. Comme l’illustre la figure 2.1, l’IA peut amplifier les capacités humaines au service de la mission, tel un mégaphone finement accordé, mais ne doit en aucun cas faire office de substitut du ministère. Elle représente une prothèse numérique au service d’une Église remplie de l’Esprit, une machine à discipliner au service du Royaume. Cela constitue un avertissement lancé à quiconque faisant son usage dans l’exercice de son ministère ou simplement en tant que chrétien. En termes plus clairs :

  • L’IA peut vous assister dans la rédaction d’un sermon, préparer une étude biblique, mais elle ne peut pas prier à votre place.
  • Elle peut vous suggérer un verset, mais elle ne peut pas discerner le temps spirituel de votre assemblée, de votre communauté ou de votre génération.
  • Elle peut générer du contenu, mais elle ne peut en aucun cas engendrer une onction.
  • Elle peut vous produire des écrits sur les mauvais esprits, mais elle ne pourra jamais les exorciser.

C’est pourquoi l’usage de l’IA doit toujours être encadré par la prière, la Parole de Dieu et surtout le discernement spirituel. Elle peut être un serviteur, mais jamais un guide spirituel, encore moins un maître.

L’IA n’est que le produit de l’intelligence humaine, créée à l’image de Dieu.

Henri Nouwen disait que « La prière est le lieu où nous nous rencontrons avec Dieu, et c’est là que notre vie spirituelle prend forme6. » Cela met en lumière l’importance de la prière et du discernement spirituel dans tout ce que nous faisons, y compris l’utilisation de l’IA. En fin de compte, l’IA peut se révéler un serviteur utile, mais elle ne doit jamais remplacer notre relation intime avec Dieu ni notre capacité à discerner ce qui est spirituellement approprié pour nous et pour notre communauté.

En résumé

L’intelligence artificielle se présente comme un instrument d’une puissance remarquable. Elle a le potentiel d’enrichir le ministère de l’Église, à condition de ne jamais usurper la place de Dieu ni de substituer la relation vivante avec Lui. Comme tout outil, elle est bonne ou mauvaise selon l’usage qu’on en fait. Pour paraphraser François Rabelais dans son œuvre « Pantagruel », un usage sans conscience et sans éthique de l’IA n’est que ruine de l’âme.


Pour lire l’intégralité du chapitre et en savoir davantage, je vous recommande vivement le livre « Connectés, mais diriges par l’Esprit« .

Dans un monde où le numérique et l’IA transforment notre quotidien, ce livre est
un guide essentiel pour naviguer avec sagesse et discernement. Loin de rejeter la
technologie, il nous rappelle qu’il s’agit d’un outil puissant, capable de servir la
mission de Dieu ou de nous en éloigner si nous ne sommes pas vigilants. Pasteur
Etienne nous invite à ancrer notre identité non pas dans notre image en ligne, mais
dans notre relation avec le Christ, et à utiliser le numérique de manière
responsable. Ce livre est un appel à être des disciples connectés au ciel avant d’être
connectés à la terre, en utilisant les outils modernes pour rayonner l’Évangile sans
jamais sacrifier notre foi ou la relation vivante que nous avons avec Jésus-Christ.
Dr. Lesly Jules, Auteur de « Objections Rejetées et Raisonnements Renversés »
Directeur Régional LAC & Afrique de l’Ouest avec HOPE International
Caroline du Nord, USA

Notes

1. Parlement européen, « Intelligence artificielle : Définition et utilisation »,publié le 07 septembre 2020 et mis à jour le 20-06-2023,

https://www.europarl.europa.eu/topics/fr/article/20200827STO85804/intelligence-artificielle-definition-et-utilisation.

2. John Lennox, « Is AI a Threat or a Promise? », Conférence CCUK Pastors & Leaders 2025, chaîne YouTube « Calvary Chapel UK ».

3. Dicastère pour la Doctrine de la Foi et Dicastère pour la Culture et l’Éducation, Antigua et Nova : Note sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine, Rome, 28 janvier 2025.

4. Op.cit. (Fait référence à la note 3).

5. Ibid.

6. Henri J.M. Nouwen, Tendre la main : Les trois mouvements de la vie spirituelle, Paris, Bellarmin/Mediaspaul, 1990, p. 104.

Le numérique, une bénédiction ambivalente

Cet article constitue le premier chapitre de mon livre intitulé : Connectés, mais dirigés par l’Esprit : Le numérique et l’IA au service d’une foi responsable.

Cet ouvrage, qui a bénéficié de la participation d’une dizaine de personnes reconnues et influentes dans leur domaine, apporte une perspective véritablement novatrice.

Loin d’être un simple cri d’alarme, ce livre se veut un appel au discernement spirituel. Nous sommes convaincus que le numérique et l’intelligence artificielle ne sont pas des ennemis à fuir, mais plutôt un territoire à appréhender et à conquérir avec sagesse.

Nous proposons une vision à la fois biblique et pratique pour naviguer entre les écrans, l’IA et la spiritualité. Notre objectif est clair : ne jamais perdre l’essentiel, à savoir être conduit, non par l’algorithme, mais par le Saint-Esprit.

Le livre est disponible sur Amazon en format broché, relié et e-book.

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Introduction

Pendant mes vingt-et-une premières années, j’ai vécu sans téléphone portable, sans ordinateur, sans même imaginer ce qu’était une connexion internet. Mon quotidien se tissait dans la lenteur des jours, avec ses silences, ses devoirs scolaires, ses balades à la campagne, ses rencontres et ses rêveries analogiques. Le numérique n’était pas encore un besoin, il n’existait tout simplement pas dans mon univers.

Puis, un jour, j’ai reçu mon premier téléphone portable non intelligent. À l’époque, j’étais en classe terminale. Ce fut une révélation. Je me souviens encore de cette colline, non loin de chez moi à Port-Margot, que je gravissais presque chaque jour juste pour capter un maigre signal. Là-haut, je me sentais comme un veilleur, guettant l’écho d’un monde lointain, invisible, mais terriblement attirant.

Quand je suis arrivé à Port-au-Prince pour étudier la théologie, ce monde s’est ouvert d’un coup. Avec un plus grand accès à internet, ma soif de découverte est devenue inextinguible. Je me perdais, et parfois je me trouvais dans cet océan de savoirs, d’images et de connexions. Le numérique me paraissait alors être une porte grande ouverte sur l’infini.

Aujourd’hui, je regarde en arrière avec un mélange d’émerveillement et de regrets. Je me demande souvent si j’avais eu plus tôt ces outils entre les mains, ces clés d’accès à l’information, aux idées, aux formations et aux gens, qu’aurais-je accompli de plus ? Combien de rêves auraient germé plus tôt ? Combien de talents se seraient éveillés ?

Mais avec le recul, une autre question s’impose : À quel prix ? Car derrière les promesses du numérique se cachent aussi ses pièges. Et si ce monde connecté, que nous appelons aujourd’hui ‘progrès’, portait en lui autant d’ombres que de lumière ? Une bénédiction certes, mais une bénédiction ambivalente. Essayons de saisir les contours d’une telle bénédiction.

L’évolution technologique

Comme nous l’avons souligné en introduction, l’évolution technologique des dernières décennies a complètement redéfini notre manière de vivre, de penser, d’interagir et même de croire. Le numérique est désormais partout, tissé dans la trame de notre existence. Comme nous le répétait une collègue étudiante à la fin d’une discussion théologique en classe, la technologie n’est pas de passage, mais elle est là pour rester.

Le numérique a aussi profondément transformé le visage de l’Église contemporaine, notamment depuis que la Covid-19 a été qualifiée de pandémie en mars 2020 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Si certains hésitent encore à s’y engager, d’autres, en revanche, dépensent des sommes considérables pour acquérir des outils technologiques de pointe en vue d’un service d’adoration réalisé dans un confort inouï et pour projeter leur image au monde.

L’histoire de l’Église nous rappelle qu’à l’époque de l’empire romain, le réseau routier de l’empire, facilitant les voyages, était un facteur clé ayant contribué à l’expansion de l’Évangile durant les premiers siècles. Mais jamais auparavant il n’a été aussi facile d’accéder à la Parole de Dieu, d’écouter des enseignements, de se former à distance, de prier avec d’autres croyants à travers le monde ou d’évangéliser sans même sortir de chez soi. Des millions de chrétiens reçoivent quotidiennement des versets bibliques, des méditations ou des vidéos d’édification directement sur leur téléphone.

Le numérique a brisé les barrières géographiques et linguistiques. Un prédicateur anglophone peut toucher un public francophone de manière instantanée sans avoir un interprète à ses côtés. Bref, le numérique a rendu possible une diffusion sans précédent de l’Évangile. Nous y reviendrons.

Mais comme toute bénédiction, le numérique vient avec une tension : celle de son usage. Ce qui est un outil peut devenir une chaîne et une véritable entrave. Ce qui est un canal de bénédiction peut devenir une source de distraction, voire de destruction spirituelle impitoyable. Car l’omniprésence des écrans, des réseaux sociaux, des notifications, de la recherche constante de contenu peut progressivement étouffer notre vie intérieure, affaiblir notre discernement, tuer notre créativité et altérer misérablement notre relation avec Dieu. C’est précisément là que réside l’ambivalence du numérique.

Le numérique comme catalyseur de mission

Le potentiel missionnaire du numérique est immense. Grâce aux technologies modernes :

  • des messages bibliques atteignent des zones où l’évangélisation physique est interdite. Pensons à des pays, classés très haut dans l’Index Mondial de Persécution des chrétiens, hostiles à l’Évangile comme Corée du Nord, Somalie, Yémen, Libye, Soudan, Érythrée, Nigeria, Pakistan.
  • des pasteurs peuvent former des disciples à distance, et j’en suis un exemple. Grâce à Google Classroom, nous réussissons à former des leaders de différents pays francophones.
  • des croyants isolés peuvent trouver une communauté spirituelle en ligne. Que dire de multiple groupes WhatsApp, Telegram, X et autres, qui sont créés, constituant des opportunités d’échange, d’apprentissage, de croissance et de prière ?
  • des contenus créatifs (vidéos, podcasts, blogs) rendent l’Évangile accessible à tous les âges et à toutes les cultures. YouTube, par exemple, est une véritable mine de contenus chrétiens à portée de main.

Nous ne pouvons pas ignorer cette réalité. Tout est en place pour favoriser un discipulat numérique. Le numérique est déjà un multiplicateur de la Parole (voir 2 Timothée 2:2), une plateforme pour faire briller la lumière du Christ dans un monde saturé de messages confus, de mensonges et de désinformations. Nous assistons en fait à une vulgarisation à grande échelle du partage de l’Évangile et de l’étude des Écritures, tant les chrétiens et églises ayant une présence en ligne sont nombreux. Nous y reviendrons à la quatrième partie.

Mais ce potentiel n’annule pas la vigilance que nous devons garder. Nous devons plus que jamais veiller et prier.

Le numérique comme source de dépendance et de dispersion

Ce qui est un canal de bénédiction peut devenir une source de distraction, voire de destruction spirituelle impitoyable.

Comme le montre la figure suivante, les mêmes outils qui nous aident à proclamer Christ peuvent devenir des pièges subtils.

Considérons quelques exemples :

  • Scroll sans fin : des heures passées à défiler sur les réseaux sans but précis, au détriment de son temps de prière, de lecture (biblique), de la communion fraternelle ou de toute autre chose importante.
  • Comparaison numérique : se sentir inférieur ou supérieur selon les chiffres de vues, de likes ou d’abonnés.
  • Hyperconnectivité : l’impossibilité de se déconnecter sans angoisse, même pour un temps de retraite spirituelle. Cette hyperconnectivité représente une demande pour laquelle il faut une offre rapide et continue. Ainsi des contenus sont mis en ligne dans le but de plaire ou de satisfaire la demande, ce qui tend à compromettre l’intégrité du message de l’Évangile.
  • Superficialité spirituelle : consommer du contenu chrétien sans réelle transformation intérieure.

Les dangers que peut présenter l’usage abusif du numérique nous font penser à cette parole de Jésus en Matthieu 6:21 : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Quelle sagesse ! Si notre trésor devient notre smartphone ou notre téléviseur, notre cœur suivra. Si notre attention est constamment accaparée par les outils numériques, notre vie spirituelle en souffrira tôt ou tard.

Le cœur de l’être humain n’est jamais vide en réalité. S’il n’est pas comblé par la présence de Dieu, il est nécessairement comblé par quelque chose ou quelqu’un d’autre. Dans notre présent cas, le numérique peut devenir un potentiel candidat capable de nous éloigner subtilement de notre centre de gravité spirituelle.

Même si la plupart de votre temps passé à l’écran est la consommation de contenus chrétiens (prédications, podcasts, versets du jour, etc.), vous pouvez toujours être en danger numérique. Parmi ces dangers, il y a lieu de mentionner ‘l’obésité spirituelle’. Il s’agit d’une consommation excessive de contenus chrétiens, sans capacité de discernement, souvent sans que le croyant ne soit attaché à une communauté spirituelle locale.

À force de pencher ses oreilles à écouter toutes sortes de prédicateurs, d’enseignants, de coaches chrétiens et autres, on peut être finalement confus. C’est une maladie qui peut conduire à la mort.

Le principe est clair : L’abondance de consommation numérique, même chrétienne, ne garantit ni la profondeur ni la maturité spirituelle.

Un appel à la vigilance spirituelle

« La technologie et le numérique en particulier, ne doivent pas nous asservir, mais nous servir1. »Laurent Guillet

Le numérique n’est pas un ennemi à abattre, mais un outil à dominer. L’apôtre Paul écrivait : « Tout m’est permis, mais tout ne m’est pas utile ; tout m’est permis, mais je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit » (1 Corinthiens 6:12). Ce principe biblique est tellement important à vivre qu’il nous est impératif de le transmettre à nos enfants ! La liberté chrétienne est une liberté maîtrisée, placée volontairement sous la seigneurie de Jésus.

Résumé

Tout en offrant de nombreuses opportunités, le numérique peut également devenir un obstacle à notre épanouissement individuel et spirituel. Comme le disait Albert Einstein dans une de ses réflexions sur la technologie, « La technologie a dépassé notre humanité2. » Cette pensée souligne bien l’idée que, bien que les outils numériques puissent enrichir nos vies, ils peuvent aussi nous éloigner de ce qui est indispensable, en nous rendant esclaves de nos écrans et de nos distractions. Il est donc décisoire de trouver un équilibre et de veiller à ce que notre utilisation du numérique ne nuise pas à notre vie intérieure et à nos relations.

Ainsi, 1 Corinthiens 6 verset 12 pourrait être le fondement de notre posture chrétienne face au numérique : une liberté tempérée par la sagesse, un usage libre mais non asservi. C’est ce que nous explorerons tout au long de ce livre.

Check-list : Évaluez votre rapport au numérique

Pour chaque affirmation, répondez par ‘Oui’ ou ‘Non’.

AffirmationOuiNon
Je commence souvent ma journée par consulter mon téléphone avant de prier.  
J’ai du mal à me concentrer sur la Bible sans être distrait par mon téléphone.  
Je consomme plus de contenu chrétien en ligne que je ne vis une réelle communion avec Dieu, avec la famille, avec les amis et avec notre famille spirituelle.  
J’utilise le numérique sans me poser de questions spirituelles.  
Je parle plus de Dieu sur les réseaux que je ne Lui parle dans la prière.  

Total de ‘Oui’_____

Interprétation :

4 à 5 ‘Oui’ : Votre relation au numérique a besoin d’un réalignement spirituel urgent.

2 à 3 ‘Oui’ : Vous êtes sur un terrain glissant, il est temps de fixer des limites claires.

0 à 1 ‘Oui’ : Vous utilisez le numérique avec vigilance. Continuez à chercher l’équilibre.

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Notes

1. Laurent Guillet, « Le numérique, utile à la foi chrétienne ? », publié le 12 juin 2023,
https://evandis.com/le-message-de-la-semaine/le-numerique-utile-a-la
foi-chretienne/.
2. Albert Einstein, The World As I See It, Philosophical Library, 1949, pp.
7-8.

Connectés, mais dirigés par l’Esprit : Le numérique et l’IA au service d’une foi responsable est un excellent cadeau à vous offrir.

Dans un monde où le numérique et l’IA transforment notre quotidien, ce livre est
un guide essentiel pour naviguer avec sagesse et discernement. Loin de rejeter la
technologie, il nous rappelle qu’il s’agit d’un outil puissant, capable de servir la
mission de Dieu ou de nous en éloigner si nous ne sommes pas vigilants. Pasteur
Etienne nous invite à ancrer notre identité non pas dans notre image en ligne, mais
dans notre relation avec le Christ, et à utiliser le numérique de manière
responsable. Ce livre est un appel à être des disciples connectés au ciel avant d’être
connectés à la terre, en utilisant les outils modernes pour rayonner l’Évangile sans
jamais sacrifier notre foi ou la relation vivante que nous avons avec Jésus-Christ.
Dr. Lesly Jules, Auteur de « Objections Rejetées et Raisonnements Renversés »
Directeur Régional LAC & Afrique de l’Ouest avec HOPE International
Caroline du Nord, USA