L’intelligence artificielle : comprendre ce que c’est

Cet article est un extrait du deuxième chapitre de mon livre « Connectés, mais dirigés par l’Esprit : Le numérique et l’IA au service d’une foi responsable« .

Par Windel B. ETIENNE


L’Intelligence Artificielle, couramment désignée par l’acronyme IA (AI en anglais), constitue indéniablement l’une des avancées technologiques les plus significatives de notre époque. On en parle partout : dans les médias, au sein des établissements scolaires, dans le milieu professionnel, à l’université, et même dans les lieux de culte. Pourtant, pour de nombreux croyants, même les plus avisés, l’IA demeure un mystère, une technologie fascinante, parfois inquiétante et souvent mal appréhendée.

Dans un souci pédagogique, examinons brièvement l’origine du concept. En 1950, le mathématicien et informaticien britannique Alan Turing publie un article dans la revue Mind, où il formule une question devenue emblématique : Les machines peuvent-elles penser ? Quelques années plus tard, en 1956, John McCarthy, professeur de mathématiques américain au Dartmouth College, organise un séminaire d’été intitulé Projet de Recherche Estival de Dartmouth sur l’Intelligence Artificielle. Cet événement est souvent considéré comme le point de départ officiel de l’intelligence artificielle.

C’est en préparant ce séminaire que McCarthy introduit pour la première fois l’expression Intelligence Artificielle. Avec ses collègues, il sollicite un financement auprès de la Fondation Rockefeller. Pour certains, leur objectif n’était pas prioritairement financier, mais visait avant tout à créer un cadre neutre et fédérateur, éloigné des tensions ou rivalités académiques de l’époque.

Avant d’explorer ses usages dans le contexte de la foi chrétienne, prenons un moment pour appréhender succinctement ce qu’est l’intelligence artificielle, pourquoi elle est importante et comment elle peut impacter la vie de l’Église.

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?

L’intelligence artificielle englobe l’ensemble des techniques, programmes ou algorithmes permettant à des machines d’exécuter des tâches qui requièrent habituellement l’intelligence humaine, telles que l’apprentissage, le raisonnement, la résolution de problèmes, la génération de contenu, la perception ou la prise de décision.

Selon la définition du Parlement européen, l’IA est « tout outil utilisé par une machine capable de reproduire des comportements liés aux humains, tels que le raisonnement, la planification et la créativité1 ».

En d’autres termes, l’IA désigne la capacité d’une machine, telle qu’un ordinateur ou un robot, à reproduire certaines formes d’intelligence humaine. L’entrainement et le fonctionnement de ces centres de données (Data Centers) engendrent une consommation considérable d’électricité et d’eau. Ces usages représentent 1 à 2 % d’émission de gaz à effet de serre, tandis que l’ensemble du secteur numérique mondial contribue à hauteur de 4%. C’est dans ce contexte que l’auteur Inès Leonarduzzi introduit le concept de Triple Pollution Numérique pour désigner les répercussions néfastes du numérique sur l’environnement, la société et l’intellect humain.

Ces définitions nous révèlent que ces machines ou algorithmes n’ont pas de conscience intrinsèque, une notion que la science peine en réalité à cerner. Dans cette perspective, Joseph Macrae Mellichamp de l’université d’Alabama, cité lors d’une conférence prononcée par Dr John Lennox, soutient :

Il me semble que beaucoup de débats inutiles pourraient être évités si les chercheurs en IA reconnaissaient qu’il existe des différences fondamentales entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine, différences qui ne peuvent être surmontées par aucune recherche, quelle que soit son ampleur. En d’autres termes, le terme « artificiel » dans « intelligence artificielle » est bien réel2.

Étant donné qu’il s’agit de la simulation de l’intelligence humaine à partir d’un vaste champ de données (Big Data) généré par l’humain, il est important d’établir que l’intelligence humaine n’est en rien inférieure à l’intelligence artificielle des machines. C’est dans ce cadre que ce remarquable texte du 28 Janvier 2025, Antigua et Nova : Note sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine, au point 32, soutient :

… Bien que l’IA puisse simuler certains aspects du raisonnement humain et exécuter certaines tâches avec une rapidité et une efficacité incroyable, ses capacités de calcul ne représentent qu’une fraction des possibilités les plus larges de l’esprit humain. Ainsi, elle ne peut pas actuellement reproduire le discernement moral et la capacité d’établir d’authentiques relations. En outre, l’intelligence de la personne s’insère à l’intérieur d’une histoire de formation intellectuelle et morale vécue à un niveau personnel, qui modèle de façon essentielle la perspective de chaque personne, en impliquant les dimensions physiques, émotive, sociale, morale et spirituelle de sa vie…3

Considérons maintenant la typologie d’IA existante.

Types d’IA : Une distinction capitale

En général, l’IA se divise en plusieurs catégories :

L’IA faible : Ce sont les systèmes actuels que nous utilisons quotidiennement (tels que Google Maps, ChatGPT, Google Traduction ou les recommandations YouTube). Ces technologies sont conçues pour réaliser des tâches spécifiques et limitées, telles que la reconnaissance vocale ou d’image, mais elles ne possèdent ni conscience ni volonté autonome. Cette forme d’IA, aussi désignée sous le terme d’IA générative ou d’IA étroite, est exclusivement destinée à exécuter les fonctions pour lesquelles elle a été programmée.

L’IA forte, également désignée sous le terme d’Intelligence Artificielle Générale (IAG) : Il s’agirait d’une forme d’intelligence capable de raisonner, de ressentir et de prendre des décisions comme un humain, voire de manière supérieure. Encore au stade théorique, l’IAG (AGI en anglais) pourrait manifester une capacité de raisonnement flexible et d’adaptation de ses connaissances à des contextes inédits, ce qui implique une aptitude à s’ajuster à une multitude de tâches.

Ce type d’IA, l’IAG, soulève de nombreux débats éthiques, anthropologiques, scientifiques et spirituels. Il convient toutefois de préciser que la capacité de réfléchir ou de raisonner n’est pas intrinsèquement problématique. Certains animaux, dotés d’une intelligence remarquable, sont capables de réflexion, mais uniquement au second degré, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent envisager leur objet de réflexion sans être conscients qu’ils sont en train de réfléchir ou de raisonner. Ce stade de développement requiert un sens moral et une volonté que l’IAG ne possède pas.

L’IA Super-Intelligente : Cette IA se conçoit comme une forme d’intelligence dépassant celle de l’humain dans tous les domaines, y compris la créativité et la résolution des problèmes. Il s’agit donc d’un concept introspectif.

À la suite du lancement récent de Grok 4, Elon Musk a affirmé que ce modèle d’IA excède les compétences d’un titulaire d’un PhD dans tous les domaines, sans exception.

En ce qui concerne ce dernier type d’IA, voici ce que Jaron Lanier déclare :

Cette idée de dépasser les capacités humaines est ridicule, car elle repose justement sur les capacités humaines. « Se comparer à l’IA revient à se comparer à une voiture. » C’est comme dire qu’une voiture peut aller plus vite qu’un coureur humain. Bien sûr qu’elle le peut, mais on ne dit pas pour autant que la voiture est devenue une meilleure coureuse4.

Alors, face à ces différents types d’IA, bien qu’il en existe d’autres, quelle doit être l’attitude chrétienne responsable ? Nous traiterons plus en profondeur cette problématique au chapitre 12, lorsque nous aborderons la question de l’éthique. Toutefois, il convient d’insister sur le fait qu’en tant que chrétiens, il est essentiel de ne pas attribuer à la machine une forme de divinité ou d’omniscience, aussi puissante soit-elle.

Non, l’IA n’est pas Dieu, et elle ne le sera jamais. Elle n’est que le produit de l’intelligence humaine, créée à l’image de Dieu, laquelle intelligence est affectée par le péché (voir Genèse 1:27 ; Romains 3:23).

Tout comme l’IA peut grandement aider à sauver des vies, notamment dans le domaine médical, elle peut tout aussi être exploitée pour contrôler des peuples et décimer des populations entières. Autrement dit, elle peut servir le bien ou le mal. Il en va de même pour la science qui n’est qu’un instrument dépourvu de conscience ou de sens moral.

Les domaines d’application de l’IA

Les domaines d’application de l’IA sont d’une ampleur considérable, et les tâches qu’elle peut accomplir aujourd’hui sont innombrables. Concrètement, grâce à l’IA, un logiciel peut :

  • traduire automatiquement un texte, comme par exemple DeepL et Google Traduction ;
  • reconnaître des visages sur une photo ou des objets sur une image ;
  • répondre à vos interrogations ;
  • analyser des images médicales (radiographies, IRM, scanners) pour détecter des pathologies plus rapidement et avec une grande précision (diagnostic médical assisté),
  • recommander des traitements adaptés à chaque patient grâce à l’analyse de données génétiques et médicales (médecine personnalisée) ;
  • ajuster des flux de production et gérer des stocks en fonction de la demande (optimisation logistique) ;
  • concevoir des voitures, bus, tramways et métros capables de se déplacer sans intervention humaine (véhicule autonome) ;
  • analyser en temps réel des transactions pour repérer les comportements suspects (détection de fraudes).
  • afficher des annonces adaptées aux préférences et comportements des utilisateurs (publicité ciblée) ;
  • adapter des contenus et des exercices au niveau de chaque élève (personnalisation de l’apprentissage) ;
  • surveiller des zones sensibles ou faire des interventions d’urgence (gestion de drones autonomes) ;
  • faciliter des achats en ligne ;
  • rechercher des opportunités professionnelles et mener des entretiens avec les candidats dans le cadre d’un processus de recrutement (agents IA) ;
  • rédiger un texte, composer une musique, générer une image ou une vidéo à partir d’une simple consigne.
  • contribuer à l’exercice d’un contrôle social sur des populations par l’intermédiaire des caméras ultra-performantes (cas de la Chine).

Ces capacités, qui ne sont pas d’ailleurs exhaustivement énumérées ici, sont rendues possibles grâce à des algorithmes puissants qui analysent d’énormes quantités de données afin d’apprendre des modèles et de proposer des réponses adaptées. Comme nous l’avons observé dans les définitions, il s’agit donc de systèmes capables de simuler ou de reproduire certaines fonctions cognitives humaines.

Cependant, il est important de préciser que ce n’est pas l’IA qui déterminera le moment où l’histoire humaine prendra fin, mais Dieu. Voyons ce que Marc Andreessen, un développeur pionnier de moteurs web, affirme par rapport à une sorte de phobie que beaucoup de personnes développent à ce sujet :

Il s’agit d’ordinateurs programmés avec des mathématiques, construits par des humains, appartenant à des humains et contrôlés par des humains. L’idée qu’à un moment donné, ils développeront leur propre esprit et décideront qu’ils ont des motivations qui les poussent à essayer de nous tuer est une superstition. En bref, l’IA ne veut rien, elle n’a pas d’objectifs, elle ne veut pas vous tuer, car elle n’est pas vivante. L’IA est une machine. Elle ne prendra pas vie, pas plus que votre grille-pain5.

Même si l’usage de l’IA, notamment dans le domaine de la guerre, suscite de sérieuses questions, il est indéniable que l’IA est un puissant levier d’innovation dans tous les secteurs, qu’il s’agisse de la santé, de l’industrie, de la finance, de l’éducation ou de la vie quotidienne.

L’IA dans notre quotidien

L’IA est en train de transformer de manière radicale non seulement notre quotidien, mais aussi nos professions. De nombreuses mises en garde ont été adressées aux professionnels, les incitant à se reconvertir ou à intégrer l’IA dans leur mode de fonctionnement, sous peine d’être dépassés.

Déjà, la croissance de l’IA cause du chômage et entrainera encore une diminution encore plus considérable du nombre d’emplois existants dans les années à venir. En avril 2025, lors d’un reportage français passé à la télé, j’ai vu une femme profondément attristée, se sentant dévalorisée après avoir été remplacée par une machine dans l’entreprise où elle avait travaillé pendant plusieurs décennies.

Vous utilisez peut-être déjà l’IA sans en avoir conscience. Vérifiez la liste suivante :

  • Lorsque vous dictez un message vocal à votre téléphone, une pratique que mon fils Hudson apprécie particulièrement pour enrichir son vocabulaire en anglais ;
  • Lorsque Netflix vous suggère une série ;
  • Lorsque votre application biblique vous propose un plan de lecture personnalisé ;
  • Lorsque du contenu visuel, vidéo ou textuel est généré automatiquement.
  • Lorsque vous activez votre GPS pour effectuer vos courses.

Définitivement, comme nous l’avons souligné en introduction, l’Église n’est pas en dehors de ce mouvement. Certains pasteurs recourent à l’IA pour rédiger leurs prédications (ce que nous vous déconseillons vivement, bien que nous reconnaissons que l’IA puisse être consultée comme on le fait pour un commentaire biblique), concevoir des visuels pour leurs cultes, traduire leurs messages, automatiser des lettres d’information (newsletters), ou encore produire des vidéos pour l’évangélisation.

Dans notre modeste sondage, 70,8 % des sondés affirment utiliser l’IA de temps à autre tandis que 29,2 % le font de manière régulière.

Selon les données recueillies, les participants font usage de l’IA principalement pour : générer des contenus tels que textes, vidéos et images (33.3 %), trouver des idées de sermons ou de messages (37.5 %), réaliser des traductions, résumés et synthèses (62.5 %) ainsi que pour d’autres tâches telles que la recherche, la révision de textes et la rédaction de devoirs (12.5 %). Ces données ne reflètent qu’une très infime partie de la réalité de l’usage de l’IA dans le monde chrétien ; elles indiquent néanmoins qu’il s’agit d’une technologie nécessitant un encadrement spirituel.

Une technologie à encadrer spirituellement

L’IA peut considérablement faciliter la vie de l’Église, mais elle ne saurait en aucun cas remplacer la communion avec Dieu, ni supplanter le rôle du Saint-Esprit. Comme l’illustre la figure 2.1, l’IA peut amplifier les capacités humaines au service de la mission, tel un mégaphone finement accordé, mais ne doit en aucun cas faire office de substitut du ministère. Elle représente une prothèse numérique au service d’une Église remplie de l’Esprit, une machine à discipliner au service du Royaume. Cela constitue un avertissement lancé à quiconque faisant son usage dans l’exercice de son ministère ou simplement en tant que chrétien. En termes plus clairs :

  • L’IA peut vous assister dans la rédaction d’un sermon, préparer une étude biblique, mais elle ne peut pas prier à votre place.
  • Elle peut vous suggérer un verset, mais elle ne peut pas discerner le temps spirituel de votre assemblée, de votre communauté ou de votre génération.
  • Elle peut générer du contenu, mais elle ne peut en aucun cas engendrer une onction.
  • Elle peut vous produire des écrits sur les mauvais esprits, mais elle ne pourra jamais les exorciser.

C’est pourquoi l’usage de l’IA doit toujours être encadré par la prière, la Parole de Dieu et surtout le discernement spirituel. Elle peut être un serviteur, mais jamais un guide spirituel, encore moins un maître.

L’IA n’est que le produit de l’intelligence humaine, créée à l’image de Dieu.

Henri Nouwen disait que « La prière est le lieu où nous nous rencontrons avec Dieu, et c’est là que notre vie spirituelle prend forme6. » Cela met en lumière l’importance de la prière et du discernement spirituel dans tout ce que nous faisons, y compris l’utilisation de l’IA. En fin de compte, l’IA peut se révéler un serviteur utile, mais elle ne doit jamais remplacer notre relation intime avec Dieu ni notre capacité à discerner ce qui est spirituellement approprié pour nous et pour notre communauté.

En résumé

L’intelligence artificielle se présente comme un instrument d’une puissance remarquable. Elle a le potentiel d’enrichir le ministère de l’Église, à condition de ne jamais usurper la place de Dieu ni de substituer la relation vivante avec Lui. Comme tout outil, elle est bonne ou mauvaise selon l’usage qu’on en fait. Pour paraphraser François Rabelais dans son œuvre « Pantagruel », un usage sans conscience et sans éthique de l’IA n’est que ruine de l’âme.


Pour lire l’intégralité du chapitre et en savoir davantage, je vous recommande vivement le livre « Connectés, mais diriges par l’Esprit« .

Dans un monde où le numérique et l’IA transforment notre quotidien, ce livre est
un guide essentiel pour naviguer avec sagesse et discernement. Loin de rejeter la
technologie, il nous rappelle qu’il s’agit d’un outil puissant, capable de servir la
mission de Dieu ou de nous en éloigner si nous ne sommes pas vigilants. Pasteur
Etienne nous invite à ancrer notre identité non pas dans notre image en ligne, mais
dans notre relation avec le Christ, et à utiliser le numérique de manière
responsable. Ce livre est un appel à être des disciples connectés au ciel avant d’être
connectés à la terre, en utilisant les outils modernes pour rayonner l’Évangile sans
jamais sacrifier notre foi ou la relation vivante que nous avons avec Jésus-Christ.
Dr. Lesly Jules, Auteur de « Objections Rejetées et Raisonnements Renversés »
Directeur Régional LAC & Afrique de l’Ouest avec HOPE International
Caroline du Nord, USA

Notes

1. Parlement européen, « Intelligence artificielle : Définition et utilisation »,publié le 07 septembre 2020 et mis à jour le 20-06-2023,

https://www.europarl.europa.eu/topics/fr/article/20200827STO85804/intelligence-artificielle-definition-et-utilisation.

2. John Lennox, « Is AI a Threat or a Promise? », Conférence CCUK Pastors & Leaders 2025, chaîne YouTube « Calvary Chapel UK ».

3. Dicastère pour la Doctrine de la Foi et Dicastère pour la Culture et l’Éducation, Antigua et Nova : Note sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine, Rome, 28 janvier 2025.

4. Op.cit. (Fait référence à la note 3).

5. Ibid.

6. Henri J.M. Nouwen, Tendre la main : Les trois mouvements de la vie spirituelle, Paris, Bellarmin/Mediaspaul, 1990, p. 104.

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