Cet article constitue le premier chapitre de mon livre intitulé : Connectés, mais dirigés par l’Esprit : Le numérique et l’IA au service d’une foi responsable.
Cet ouvrage, qui a bénéficié de la participation d’une dizaine de personnes reconnues et influentes dans leur domaine, apporte une perspective véritablement novatrice.
Loin d’être un simple cri d’alarme, ce livre se veut un appel au discernement spirituel. Nous sommes convaincus que le numérique et l’intelligence artificielle ne sont pas des ennemis à fuir, mais plutôt un territoire à appréhender et à conquérir avec sagesse.
Nous proposons une vision à la fois biblique et pratique pour naviguer entre les écrans, l’IA et la spiritualité. Notre objectif est clair : ne jamais perdre l’essentiel, à savoir être conduit, non par l’algorithme, mais par le Saint-Esprit.
Le livre est disponible sur Amazon en format broché, relié et e-book.
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Introduction
Pendant mes vingt-et-une premières années, j’ai vécu sans téléphone portable, sans ordinateur, sans même imaginer ce qu’était une connexion internet. Mon quotidien se tissait dans la lenteur des jours, avec ses silences, ses devoirs scolaires, ses balades à la campagne, ses rencontres et ses rêveries analogiques. Le numérique n’était pas encore un besoin, il n’existait tout simplement pas dans mon univers.
Puis, un jour, j’ai reçu mon premier téléphone portable non intelligent. À l’époque, j’étais en classe terminale. Ce fut une révélation. Je me souviens encore de cette colline, non loin de chez moi à Port-Margot, que je gravissais presque chaque jour juste pour capter un maigre signal. Là-haut, je me sentais comme un veilleur, guettant l’écho d’un monde lointain, invisible, mais terriblement attirant.
Quand je suis arrivé à Port-au-Prince pour étudier la théologie, ce monde s’est ouvert d’un coup. Avec un plus grand accès à internet, ma soif de découverte est devenue inextinguible. Je me perdais, et parfois je me trouvais dans cet océan de savoirs, d’images et de connexions. Le numérique me paraissait alors être une porte grande ouverte sur l’infini.
Aujourd’hui, je regarde en arrière avec un mélange d’émerveillement et de regrets. Je me demande souvent si j’avais eu plus tôt ces outils entre les mains, ces clés d’accès à l’information, aux idées, aux formations et aux gens, qu’aurais-je accompli de plus ? Combien de rêves auraient germé plus tôt ? Combien de talents se seraient éveillés ?
Mais avec le recul, une autre question s’impose : À quel prix ? Car derrière les promesses du numérique se cachent aussi ses pièges. Et si ce monde connecté, que nous appelons aujourd’hui ‘progrès’, portait en lui autant d’ombres que de lumière ? Une bénédiction certes, mais une bénédiction ambivalente. Essayons de saisir les contours d’une telle bénédiction.
L’évolution technologique
Comme nous l’avons souligné en introduction, l’évolution technologique des dernières décennies a complètement redéfini notre manière de vivre, de penser, d’interagir et même de croire. Le numérique est désormais partout, tissé dans la trame de notre existence. Comme nous le répétait une collègue étudiante à la fin d’une discussion théologique en classe, la technologie n’est pas de passage, mais elle est là pour rester.
Le numérique a aussi profondément transformé le visage de l’Église contemporaine, notamment depuis que la Covid-19 a été qualifiée de pandémie en mars 2020 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Si certains hésitent encore à s’y engager, d’autres, en revanche, dépensent des sommes considérables pour acquérir des outils technologiques de pointe en vue d’un service d’adoration réalisé dans un confort inouï et pour projeter leur image au monde.
L’histoire de l’Église nous rappelle qu’à l’époque de l’empire romain, le réseau routier de l’empire, facilitant les voyages, était un facteur clé ayant contribué à l’expansion de l’Évangile durant les premiers siècles. Mais jamais auparavant il n’a été aussi facile d’accéder à la Parole de Dieu, d’écouter des enseignements, de se former à distance, de prier avec d’autres croyants à travers le monde ou d’évangéliser sans même sortir de chez soi. Des millions de chrétiens reçoivent quotidiennement des versets bibliques, des méditations ou des vidéos d’édification directement sur leur téléphone.
Le numérique a brisé les barrières géographiques et linguistiques. Un prédicateur anglophone peut toucher un public francophone de manière instantanée sans avoir un interprète à ses côtés. Bref, le numérique a rendu possible une diffusion sans précédent de l’Évangile. Nous y reviendrons.
Mais comme toute bénédiction, le numérique vient avec une tension : celle de son usage. Ce qui est un outil peut devenir une chaîne et une véritable entrave. Ce qui est un canal de bénédiction peut devenir une source de distraction, voire de destruction spirituelle impitoyable. Car l’omniprésence des écrans, des réseaux sociaux, des notifications, de la recherche constante de contenu peut progressivement étouffer notre vie intérieure, affaiblir notre discernement, tuer notre créativité et altérer misérablement notre relation avec Dieu. C’est précisément là que réside l’ambivalence du numérique.
Le numérique comme catalyseur de mission
Le potentiel missionnaire du numérique est immense. Grâce aux technologies modernes :
- des messages bibliques atteignent des zones où l’évangélisation physique est interdite. Pensons à des pays, classés très haut dans l’Index Mondial de Persécution des chrétiens, hostiles à l’Évangile comme Corée du Nord, Somalie, Yémen, Libye, Soudan, Érythrée, Nigeria, Pakistan.
- des pasteurs peuvent former des disciples à distance, et j’en suis un exemple. Grâce à Google Classroom, nous réussissons à former des leaders de différents pays francophones.
- des croyants isolés peuvent trouver une communauté spirituelle en ligne. Que dire de multiple groupes WhatsApp, Telegram, X et autres, qui sont créés, constituant des opportunités d’échange, d’apprentissage, de croissance et de prière ?
- des contenus créatifs (vidéos, podcasts, blogs) rendent l’Évangile accessible à tous les âges et à toutes les cultures. YouTube, par exemple, est une véritable mine de contenus chrétiens à portée de main.
Nous ne pouvons pas ignorer cette réalité. Tout est en place pour favoriser un discipulat numérique. Le numérique est déjà un multiplicateur de la Parole (voir 2 Timothée 2:2), une plateforme pour faire briller la lumière du Christ dans un monde saturé de messages confus, de mensonges et de désinformations. Nous assistons en fait à une vulgarisation à grande échelle du partage de l’Évangile et de l’étude des Écritures, tant les chrétiens et églises ayant une présence en ligne sont nombreux. Nous y reviendrons à la quatrième partie.
Mais ce potentiel n’annule pas la vigilance que nous devons garder. Nous devons plus que jamais veiller et prier.
Le numérique comme source de dépendance et de dispersion
| Ce qui est un canal de bénédiction peut devenir une source de distraction, voire de destruction spirituelle impitoyable. |
Comme le montre la figure suivante, les mêmes outils qui nous aident à proclamer Christ peuvent devenir des pièges subtils.

Considérons quelques exemples :
- Scroll sans fin : des heures passées à défiler sur les réseaux sans but précis, au détriment de son temps de prière, de lecture (biblique), de la communion fraternelle ou de toute autre chose importante.
- Comparaison numérique : se sentir inférieur ou supérieur selon les chiffres de vues, de likes ou d’abonnés.
- Hyperconnectivité : l’impossibilité de se déconnecter sans angoisse, même pour un temps de retraite spirituelle. Cette hyperconnectivité représente une demande pour laquelle il faut une offre rapide et continue. Ainsi des contenus sont mis en ligne dans le but de plaire ou de satisfaire la demande, ce qui tend à compromettre l’intégrité du message de l’Évangile.
- Superficialité spirituelle : consommer du contenu chrétien sans réelle transformation intérieure.
Les dangers que peut présenter l’usage abusif du numérique nous font penser à cette parole de Jésus en Matthieu 6:21 : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Quelle sagesse ! Si notre trésor devient notre smartphone ou notre téléviseur, notre cœur suivra. Si notre attention est constamment accaparée par les outils numériques, notre vie spirituelle en souffrira tôt ou tard.
Le cœur de l’être humain n’est jamais vide en réalité. S’il n’est pas comblé par la présence de Dieu, il est nécessairement comblé par quelque chose ou quelqu’un d’autre. Dans notre présent cas, le numérique peut devenir un potentiel candidat capable de nous éloigner subtilement de notre centre de gravité spirituelle.
Même si la plupart de votre temps passé à l’écran est la consommation de contenus chrétiens (prédications, podcasts, versets du jour, etc.), vous pouvez toujours être en danger numérique. Parmi ces dangers, il y a lieu de mentionner ‘l’obésité spirituelle’. Il s’agit d’une consommation excessive de contenus chrétiens, sans capacité de discernement, souvent sans que le croyant ne soit attaché à une communauté spirituelle locale.
À force de pencher ses oreilles à écouter toutes sortes de prédicateurs, d’enseignants, de coaches chrétiens et autres, on peut être finalement confus. C’est une maladie qui peut conduire à la mort.
Le principe est clair : L’abondance de consommation numérique, même chrétienne, ne garantit ni la profondeur ni la maturité spirituelle.
Un appel à la vigilance spirituelle
| « La technologie et le numérique en particulier, ne doivent pas nous asservir, mais nous servir1. »Laurent Guillet |
Le numérique n’est pas un ennemi à abattre, mais un outil à dominer. L’apôtre Paul écrivait : « Tout m’est permis, mais tout ne m’est pas utile ; tout m’est permis, mais je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit » (1 Corinthiens 6:12). Ce principe biblique est tellement important à vivre qu’il nous est impératif de le transmettre à nos enfants ! La liberté chrétienne est une liberté maîtrisée, placée volontairement sous la seigneurie de Jésus.
Résumé
Tout en offrant de nombreuses opportunités, le numérique peut également devenir un obstacle à notre épanouissement individuel et spirituel. Comme le disait Albert Einstein dans une de ses réflexions sur la technologie, « La technologie a dépassé notre humanité2. » Cette pensée souligne bien l’idée que, bien que les outils numériques puissent enrichir nos vies, ils peuvent aussi nous éloigner de ce qui est indispensable, en nous rendant esclaves de nos écrans et de nos distractions. Il est donc décisoire de trouver un équilibre et de veiller à ce que notre utilisation du numérique ne nuise pas à notre vie intérieure et à nos relations.
Ainsi, 1 Corinthiens 6 verset 12 pourrait être le fondement de notre posture chrétienne face au numérique : une liberté tempérée par la sagesse, un usage libre mais non asservi. C’est ce que nous explorerons tout au long de ce livre.
Check-list : Évaluez votre rapport au numérique
Pour chaque affirmation, répondez par ‘Oui’ ou ‘Non’.
| Affirmation | Oui | Non |
| Je commence souvent ma journée par consulter mon téléphone avant de prier. | ||
| J’ai du mal à me concentrer sur la Bible sans être distrait par mon téléphone. | ||
| Je consomme plus de contenu chrétien en ligne que je ne vis une réelle communion avec Dieu, avec la famille, avec les amis et avec notre famille spirituelle. | ||
| J’utilise le numérique sans me poser de questions spirituelles. | ||
| Je parle plus de Dieu sur les réseaux que je ne Lui parle dans la prière. |
Total de ‘Oui’_____
Interprétation :
4 à 5 ‘Oui’ : Votre relation au numérique a besoin d’un réalignement spirituel urgent.
2 à 3 ‘Oui’ : Vous êtes sur un terrain glissant, il est temps de fixer des limites claires.
0 à 1 ‘Oui’ : Vous utilisez le numérique avec vigilance. Continuez à chercher l’équilibre.
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Notes
1. Laurent Guillet, « Le numérique, utile à la foi chrétienne ? », publié le 12 juin 2023,
https://evandis.com/le-message-de-la-semaine/le-numerique-utile-a-la
foi-chretienne/.
2. Albert Einstein, The World As I See It, Philosophical Library, 1949, pp.
7-8.
Connectés, mais dirigés par l’Esprit : Le numérique et l’IA au service d’une foi responsable est un excellent cadeau à vous offrir.

un guide essentiel pour naviguer avec sagesse et discernement. Loin de rejeter la
technologie, il nous rappelle qu’il s’agit d’un outil puissant, capable de servir la
mission de Dieu ou de nous en éloigner si nous ne sommes pas vigilants. Pasteur
Etienne nous invite à ancrer notre identité non pas dans notre image en ligne, mais
dans notre relation avec le Christ, et à utiliser le numérique de manière
responsable. Ce livre est un appel à être des disciples connectés au ciel avant d’être
connectés à la terre, en utilisant les outils modernes pour rayonner l’Évangile sans
jamais sacrifier notre foi ou la relation vivante que nous avons avec Jésus-Christ.
Dr. Lesly Jules, Auteur de « Objections Rejetées et Raisonnements Renversés »
Directeur Régional LAC & Afrique de l’Ouest avec HOPE International
Caroline du Nord, USA
Très profond comme article. Il y a matière à réflexion. Merci pour votre travail!